Mais ce ne sont pas toujours les réalisations les plus démesurées qui représentent la plus grande menace. Lu Ting, économiste pour Bank of America-Merrill Lynch, estime qu'environ 80.000 barrages de petite et moyenne taille sont anciens. Trop anciens. «Les inondations invalident la croyance populaire selon laquelle la Chine a trop construit», écrit-il, soulignant le besoin de nouveaux investissements en la matière. Le long du Yang Tsé, bien à l'est des Trois-Gorges, un pont de Luoyang, dans le Henan, n'a d'ailleurs pas résisté, faisant au moins 44 morts. Dans le Jiangxi, dans le sud-est du pays, 17 digues menaçaient toujours de céder en fin de semaine.
Les campagnes sont souvent les premières touchées, tandis que les autorités locales tentent de préserver les villes, concentrations humaines qui atteignent souvent plusieurs millions de personnes en Chine. Quelque 9 000 soldats de l'Armée populaire de libération ont ainsi été envoyés en milieu de semaine pour installer des sacs de sable le long des rives du Yang Tsé et de son affluent Han, pour protéger Wuhan, capitale du Hubei, qui compte 9,1 millions de personnes.
Année noire
Mais le bassin du Yang Tsé n'est pas le seul concerné. Les autorités annonçaient hier un bilan d'au moins 29 morts dans la province de Jilin, dans le nord-est de la Chine. Et près de 30 000 résidents restaient coincés par les flots, confinés dans leurs habitations. La situation menace de s'aggraver sérieusement dans cette région industrielle, avec la chute de 3 000 barils de substances toxiques, en provenance d'une des nombreuses usines pétrochimiques des environs. La moitié d'entre eux avaient été repêchés jeudi, mais la qualité de l'eau de la rivière Songhua, qui abreuve plus de 4 millions de personnes, était toujours en danger vendredi.
Au total, 27 des 31 provinces chinoises étaient touchées par le déluge, qui vient ponctuer une année difficile pour les campagnes chinoises. En mars, une sécheresse sans précédent depuis un siècle laissait près de 25 millions de personnes sans eau dans le sud-ouest du pays. Le mois suivant, un tremblement de terre d'amplitude 7,1 secouait la province du Qinghai, à Yushu, faisant près de 2 220 morts. De quoi pousser certains à s'interroger sur tant d'acharnement naturel. «Nous devrions aussi regarder les facteurs humains derrière ces catastrophes, tels que la destruction dangereuse de l'environnement, l'urbanisation non-scientifique et la corruption dans les projets de contrôle des eaux», lançait cette semaine Chen Longxiang, éditorialiste pour le très officiel China Daily.
Une question que les autorités évitent soigneusement, se contentant d'égrener jour après jour le décompte des vic times : depuis le début de l'année, les inondations ont fait 928 morts et 477 portés disparus, dont 600 au cours des deux dernières semaines.